Watchfrog : quand la biotech éclaire les signaux invisibles du vivant

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Source(s): Genopole 

Watchfrog, fondée par G. Lemkine, révolutionne l’évaluation des perturbateurs endocriniens grâce à des méthodes alternatives à l’expérimentation animale. Cette PME de Genopole utilise des embryons aquatiques et des marqueurs fluorescents pour analyser les effets des substances chimiques.

Quand Gregory Lemkine évoque son parcours, rien ne le prédestinait à devenir chef d’entreprise. Formé à la recherche, docteur du Muséum national d’Histoire naturelle, il évolue d’abord dans le monde académique.
C’est pourtant de cette trajectoire atypique qu’est née Watchfrog, une entreprise aujourd’hui reconnue dans l’évaluation de la perturbation endocrinienne.
À l’origine, une intuition scientifique forte héritée de sa directrice de thèse, le Pr. Barbara Demeneix : comprendre comment les substances chimiques interagissent avec les systèmes hormonaux du vivant, tout en développant des approches alternatives aux méthodes d’expérimentation animale traditionnelles.

Accompagné à ses débuts par des profils identifiés par Genopole et issus eux-mêmes de l’entrepreneuriat, il découvre les codes, les contraintes et les leviers de la création d’entreprise.

« C’est là que j’ai appris mon métier »


Cette immersion façonne durablement sa vision : une entreprise de biotechnologie doit rester profondément ancrée dans la science, tout en étant capable de répondre à des enjeux industriels concrets.

Vingt ans plus tard, Watchfrog n’est plus une start-up mais une PME solide, forte d’une vingtaine de collaborateurs, qui vit de son activité tout en poursuivant ses travaux de recherche.

Au cœur du projet porté par Gregory Lemkine : la perturbation endocrinienne, un sujet aussi complexe que stratégique. Les hormones, véritables chefs d’orchestre du vivant, régulent des fonctions essentielles comme la croissance, la reproduction ou encore le développement du système nerveux.

« Une même hormone peut contrôler plusieurs fonctions à la fois. C’est cette finesse qui rend les perturbations particulièrement difficiles à détecter »

Pour relever ce défi, Watchfrog développe une approche originale : utiliser des embryons d’organismes aquatiques pour observer, grâce à des marqueurs fluorescents, l’impact des substances chimiques sur les mécanismes hormonaux.
Une innovation qui permet non seulement d’accélérer les tests, mais aussi de proposer une alternative crédible à l’expérimentation animale.

Ces technologies ont franchi une étape décisive en étant intégrées aux lignes directrices de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques). Une reconnaissance internationale qui consacre plusieurs années de développement et positionne Watchfrog comme un acteur de référence sur ces enjeux.

Si la science reste au cœur de l’entreprise, Gregory Lemkine revendique aussi une approche pragmatique. Watchfrog intervient aujourd’hui auprès d’acteurs de secteurs variés comme l’agrochimie ou la dermocosmétique, pour les accompagner dans l’évaluation de leurs substances.

« Notre rôle est à la fois scientifique et opérationnel : produire des données fiables, utiles à la décision »

En parallèle, l’entreprise continue d’explorer de nouveaux champs, notamment à travers des projets collaboratifs et des travaux de recherche sur les impacts environnementaux ou neurologiques des substances chimiques.

Cette dynamique d’innovation s’est récemment traduite par plusieurs reconnaissances structurantes. Watchfrog a ainsi été lauréate du programme PM’UP d’aide à la croissance et à l’adaptation des entreprises aux enjeux écologiques, action financée par la Région Île-de-France et destinée à accompagner les entreprises à fort potentiel de croissance.
L’entreprise est également engagée dans la création d’un Laboratoire Commun (LabCom), programme financé par l’Agence Nationale de la Recherche (ANR). Ce LabCom intitulé « Smarties » pour « Smart Test in Embryos » est un partenariat stratégique avec l’équipe du Dr. Pascale Bomont à l’Université Claude Bernard Lyon 1 pour étoffer l’offre de tests de Watchfrog dans le domaine des neurosciences.
Ce laboratoire de recherche académique vise à développer de nouveaux outils d’analyse sur embryons aquatiques pour évaluer les effets de substances chimiques sur le système nerveux.

Installée à Genopole depuis 17 ans, Watchfrog y a trouvé bien plus qu’un lieu d’implantation : un environnement capable de s’adapter à des contraintes scientifiques très spécifiques. L’entreprise dispose aujourd’hui de son propre bâtiment, conçu sur mesure, intégrant notamment des infrastructures dédiées à l’élevage d’organismes aquatiques dans des conditions contrôlées.

Cet accompagnement immobilier, pensé comme un véritable levier de développement, a permis à l’entreprise de concevoir un outil parfaitement aligné avec ses besoins scientifiques et techniques.

« Ce type d’activité nécessite des conditions très particulières. Pouvoir les développer ici a été déterminant »

Au-delà des infrastructures, Gregory Lemkine reste attaché à ce qui a longtemps fait la singularité du site : un esprit de collectif entre entrepreneurs.

Échanges informels, partage d’expériences, mutualisation de certaines fonctions à travers des initiatives comme des groupements d’employeurs… autant de dynamiques qui ont contribué à structurer les parcours et à rompre l’isolement du dirigeant.

À travers Watchfrog, Gregory Lemkine porte une vision exigeante : celle d’une science utile, capable d’éclairer des enjeux de santé publique et d’environnement.

Dans un contexte où la réglementation évolue et où les attentes sociétales se renforcent, son ambition reste inchangée : mieux comprendre les interactions entre chimie et vivant pour anticiper les risques et accompagner des pratiques plus sûres.