L’IA entre au bloc opératoire
Source(s): Institut Mines-Télécom Business School
L’intelligence artificielle fait désormais son entrée en chirurgie. Si les praticiens en reconnaissent le potentiel, la question de la confiance demeure. C’est l’enjeu exploré par quatre enseignants-chercheurs, dont Olivia Chevalier et Gérard Dubey d’IMT-BS.
L’intelligence artificielle transforme déjà des secteurs tels que la finance ou l’industrie… et s’invite désormais en chirurgie. Si 85 % des chirurgiens reconnaissent son potentiel, peut-on pour autant faire confiance à un algorithme au bloc opératoire ? C’est la question que se sont posée quatre enseignants-chercheurs, dont deux membres d’Institut Mines-Télécom Business School : Olivia Chevalier (département Langues et Sciences Humaines) et Gérard Dubey (professeur de sociologie). Leur étude a été publiée sous le titre « Comprehensive overview of artificial intelligence in surgery: a systematic review and perspectives » (« Aperçu complet de l’intelligence artificielle en chirurgie : revue systématique et perspectives »).
Pourquoi cette recherche est importante
La précision est un facteur clé dans le domaine médical, particulièrement dans le domaine chirurgical. Le besoin d’outils précis et fiables et une avancée majeure pour les chirurgiens. De plus, les données médicales explosent et les décisions chirurgicales sont de plus en plus complexes : avoir recours à l’IA est donc une solution et une aide non-négligeable. L’intelligence artificielle est capable de suivre un patient tout au long de son intervention :
Avant l’opération, les algorithmes de « machine learning » (champ d’étude de l’intelligence artificielle qui vise à donner aux machines la capacité d’« apprendre » à partir de données, via des modèles mathématiques) peuvent analyser de grandes quantités de données médicales afin de mieux évaluer les risques pour chaque patient. Ces modèles prédictifs permettent aussi d’anticiper certaines complications post-opératoires ou d’estimer la probabilité de mortalité hospitalière. Cette capacité d’analyse offre aux équipes médicales un soutien précieux pour la planification des interventions et la prise de décision.
Pendant l’intervention, l’IA peut également jouer un rôle d’assistance en temps réel. Des systèmes d’analyse d’images et de monitoring intelligent sont capables d’identifier les différentes phases d’une opération, de détecter certaines anomalies ou d’alerter l’équipe médicale en cas de situation à risque. Dans certains domaines, des robots chirurgicaux assistés par IA commencent à automatiser des gestes très précis et ce avec exactitude, comme certaines sutures par exemple.
Enfin, après l’opération, l’IA contribue à améliorer le suivi des patients. Les outils d’analyse peuvent identifier les signes de complications, optimiser la durée d’hospitalisation ou anticiper les risques de réadmission. Ces dispositifs participent à la mise en place d’une médecine plus personnalisée tout en soulageant les médecins de certaines tâches.
Des défis technologiques et éthiques majeurs
Malgré ces avancées prometteuses, l’intégration de l’IA dans la pratique chirurgicale soulève encore de nombreuses questions : l’un des principaux défis concerne la transparence des algorithmes. Beaucoup de modèles d’intelligence artificielle fonctionnent comme des « boîtes noires » dont les mécanismes de décision sont difficiles à interpréter. Dans un contexte où les décisions peuvent avoir des conséquences vitales, cette opacité pose question.
La responsabilité juridique constitue également un enjeu important : en cas d’erreur liée à un système algorithmique, qui doit être tenu responsable ? Le chirurgien, l’établissement de santé ou le concepteur du logiciel ? Plusieurs travaux ont aussi montré que certains algorithmes peuvent reproduire ou amplifier des biais présents dans les données d’entraînement, ce qui pourrait accentuer certaines inégalités en matière de soins.
Ces enjeux soulignent la nécessité de développer des systèmes d’intelligence artificielle plus transparents, mais aussi de mettre en place des cadres réglementaires adaptés à ces nouvelles technologies et de faire attention aux inégalités qui ne sont dues qu’au prisme humain.
Une collaboration homme-machine au cœur de la chirurgie de demain
Au-delà des aspects purement techniques, cette recherche souligne que l’intégration de l’intelligence artificielle dans les blocs opératoires repose avant tout sur des facteurs humains. Pour adopter ces outils efficacement, il est nécessaire de former les professionnels de santé, d’adapter les pratiques médicales et d’établir une relation de confiance entre les chirurgiens et les technologies numériques. Dans ce cadre, l’intelligence artificielle ne se conçoit pas comme un remplacement du chirurgien, mais comme un outil capable de renforcer ses capacités d’analyse et de prise de décision.
Pour les chercheurs et les institutions impliqués dans l’étude des transformations numériques, ces changements offrent de nombreuses perspectives à l’intersection de la technologie, de la santé et de la société. Savoir intégrer l’intelligence artificielle de manière responsable et efficace dans les systèmes de soins constitue aujourd’hui un enjeu majeur pour les années à venir.
Référence
Chevalier, O., Dubey, G., Benkabbou, A. et al.
Comprehensive overview of artificial intelligence in surgery: a systematic review and perspectives. Pflugers Arch – Eur J Physiol 477, 617–626 (2025).
doi.org/10.1007/s00424-025-03076-6