Bilan du séminaire ESSI « Quelle place pour les IA génératives dans l’enseignement supérieur? »
Retour sur le séminaire ESSI du 7 novembre 2024 : IA génératives, pédagogie et éthique étaient au cœur des débats!
Le jeudi 7 novembre 2024, plus de 50 participants étaient réunis pour un séminaire organisé par ESSI au C-19, Cluster Jeux Vidéo & Interactions Numériques adossé à l‘ensIIE. L’objectif de la rencontre était de réfléchir collectivement aux enjeux pédagogiques et éthiques des IA génératives dans l’enseignement supérieur. Cet événement a confirmé l’intérêt croissant des acteurs du territoire Grand Paris Sud pour cette thématique à fort enjeu. Enseignants, chercheurs et professionnels ont exploré les usages, apports et limites de ces technologies en pleine expansion, tout en esquissant des pistes de collaboration.
Un programme riche et fédérateur
En ouverture, Imed BOUGHZALA, Directeur de l’ensIIE, a souligné l’ambivalence des IA génératives : une opportunité pour l’innovation pédagogique, mais aussi une potentielle menace pour la créativité et la liberté individuelle. Ce double enjeu a été approfondi par Vincent BOUHIER, président de ESSI et de l’Université Évry Paris-Saclay, qui a rappelé l’impact transformateur des IA génératives sur l’éducation, la formation, la recherche et l’innovation, et a appelé à une approche équilibrée face à ces avancées technologiques.
Sous la présidence de Stefania DUMBRAVA, Maîtresse de conférences à ensIIE, affiliée au laboratoire SAMOVAR (Télécom SudParis/IP Paris), le programme s’est articulé autour d’interventions d’experts, spécialistes en intelligence artificielle et en pédagogie :
- Cyril BENEZET, Maître de Conférences à l’ensIIE, affilié au Laboratoire de Mathématiques et Modélisation d’Évry (LaMME), a présenté un panorama des IA génératives et de leurs applications dans l’enseignement supérieur. Il a abordé les bénéfices potentiels pour les enseignants et les apprenants, tels que la génération de contenu pédagogique, l’automatisation des corrections, et l’apprentissage personnalisé et interactif. Cependant, il a également soulevé des défis importants, notamment les inégalités d’accès, les biais potentiels, et la question de la fiabilité des informations générées par l’IA. La discussion a également porté sur l’évolution du rôle de l’enseignant, qui devra désormais former les étudiants à apprendre par eux-mêmes en utilisant ces technologies.
- Julien MORICE, responsable du service d’ingénierie pédagogique d’Institut Mines-Télécom Business School, a ensuite détaillé plusieurs cas d’usage pratiques des IA génératives dans l’enseignement : la traduction de vidéos, le clonage vidéo, la création de modules de révision, la réalisation de tests d’évaluation, la création de chatbots et la génération de podcasts. Il a ainsi montré que les IA génératives peuvent permettre de personnaliser l’apprentissage, et d’enrichir les ressources disponibles, tout en insistant cependant sur l’importance de former les étudiants à l’utilisation critique des IA génératives. Cette présentation a suscité des questions sur l’impact émotionnel des vidéos générées par IA et sur l’équilibre entre l’utilisation de l’IA et l’interaction humaine dans l’enseignement.
- Isabelle LANGOUËT, consultante sénior chez Stratice, spécialiste de la transformation pédagogique et digitale des organismes de formation, a exposé les résultats d’une enquête sur l’utilisation de l’IA dans les organismes de formation qu’elle accompagne. Ses résultats montrent que 38% des formateurs et 73% des apprenants utilisent l’IA, principalement pour la recherche, la rédaction et la génération d’idées. Isabelle LANGOUËT a également souligné l’importance de démystifier l’IA et de l’intégrer de manière responsable dans la formation, et mentionné la nécessité de créer des chartes d’usage pour encadrer l’utilisation de l’IA dans les organismes de formation.
- Christine BALAGUÉ, Professeure à IMT Business School et titulaire de la chaire Good in Tech, a mis l’accent sur les enjeux éthiques liés à l’utilisation des IA génératives. Elle a souligné l’importance de considérer ces systèmes comme des outils d’aide plutôt que des remplaçants des compétences humaines, et mis en garde contre les risques potentiels, notamment en termes de fiabilité des données, de génération de contenu et d’impacts sociaux et environnementaux. Elle a insisté sur la nécessité de préserver l’interaction humaine dans l’apprentissage et de développer une approche critique envers ces technologies.
Une table ronde animée par Imed BOUGHZALA, Directeur de l’ensIIE, a ensuite réuni plusieurs experts pour discuter de l’utilisation et de l’impact des IA génératives dans l’enseignement supérieur. Les participants ont partagé leurs expériences et perspectives sur l’intégration de l’IA, les défis rencontrés, et ils ont ouvert plusieurs pistes de coopérations possibles pour une utilisation efficace et éthique des IA génératives dans l’enseignement.
Serge PAJAK, de l’Université Paris-Saclay, a ainsi souligné l’importance d’adapter l’utilisation de l’IA aux différentes disciplines et d’évaluer son impact sur l’apprentissage. Ali KHOUZAM, de l’Icam Grand Paris Sud, a mis en avant la nécessité de former les étudiants et les enseignants à l’utilisation critique de l’IA. Vanessa DUVIVIER, de l’Irfase, a abordé les enjeux éthiques liés à l’utilisation de l’IA dans le domaine social et la nécessité d’accompagner les équipes pédagogiques dans cette transition. Julien ROMERO, de Télécom Sud Paris, a partagé des exemples concrets d’utilisation de l’IA par les étudiants en informatique, soulignant l’importance des compétences fondamentales. Éric CALAND, directeur du CFA EVE, a présenté un projet ambitieux d’intégration de l’IA dans les processus de formation et de suivi des apprentis. Jean-Yves DIDIER, de l’Université Évry Paris-Saclay, a abordé les questions de confidentialité et de complémentarité entre l’humain et l’IA.
Les participants ont ensuite discuté des moyens de collaboration entre établissements, et plusieurs axes stratégiques ont été identifiés:
- l’organisation de rencontres régulières (webinaires, cafés-pédagogiques, etc.) pour former les enseignants et partager les retours d’expérience sur l’utilisation de l’IA.
- l’élaboration d’une charte commune afin d’encadrer les pratiques et d’harmoniser les stratégies entre les établissements.
- la mutualisation des infrastructures locales pour garantir la souveraineté et la confidentialité des données.
- les initiatives telles que des questionnaires sur les pratiques, une cartographie des usages, et l’évaluation de l’impact de l’IA sur l’apprentissage pour mieux adapter les approches pédagogiques.
En conclusion, cette table ronde a mis en lumière la complexité et l’importance d’une intégration équilibrée de l’IA générative dans l’enseignement supérieur, soulignant la nécessité d’une approche collaborative et réfléchie pour relever les défis et saisir les opportunités offertes par cette technologie.
Un élan pour l’avenir : collaboration et prospective
Ce séminaire marquait le point de départ de nouvelles initiatives sur le territoire Grand Paris Sud. ESSI souhaite en effet poursuivre cette dynamique à travers l’organisation d’autres événements autour de l’intelligence artificielle. En collaboration avec ses partenaires, ESSI ambitionne notamment de mettre en place des initiatives impliquant directement les étudiants pour explorer les usages des IA génératives dans la formation, des réflexions approfondies sur l’impact des IA dans la recherche, ainsi que des discussions sur les défis et les opportunités économiques que ces technologies pourraient offrir au territoire.
Construire une vision collective pour l’IA
En réunissant les acteurs de la recherche et de l’enseignement supérieur de Grand Paris Sud autour d’une thématique cruciale, ce séminaire a jeté les bases d’une réflexion collective et prospective. Les échanges ont confirmé l’intérêt de l’ensemble des membres de ESSI pour transformer les IA génératives en opportunités responsables et durables.
Ce n’est que le début d’un travail collaboratif qui s’annonce structurant pour le territoire. Avec des initiatives comme celle-ci, les membres de ESSI affirment leur volonté d’être des acteurs clés dans l’écosystème de l’intelligence artificielle, en conjuguant innovation technologique et éthique.






