Sylvain LAVELLE, enseignant-chercheur en philosophie à l’Icam Paris-Sénart
Source(s): Icam Grand Paris Sud
Son parcours, les matières qu’il enseigne, ses axes de recherche, son intérêt pour l’intelligence artificielle, faites connaissance avec Sylvain Lavelle. Faites-vous confiance à l’intelligence artificielle ? Jusqu’où peut-elle aller ? Quelles sont ses limites ? Bascule t-on vers une humanisation des machines ? Sylvain Lavelle est enseignant chercheur à l’Icam site de Paris-Sénart, l’une des […]
Son parcours, les matières qu’il enseigne, ses axes de recherche, son intérêt pour l’intelligence artificielle, faites connaissance avec Sylvain Lavelle.
Faites-vous confiance à l’intelligence artificielle ? Jusqu’où peut-elle aller ? Quelles sont ses limites ? Bascule t-on vers une humanisation des machines ?
Sylvain Lavelle est enseignant chercheur à l’Icam site de Paris-Sénart, l’une des écoles d’ingénieurs membre de notre association. Nous avions fait sa connaissance lors de sa participation à notre séminaire sur l’Ethique de l’Intelligence Artificielle.
A l’occasion de la publication de son article « The Machine with a Human Face: From Artificial Intelligence to Artificial Sentience” (La machine au visage humain : de l’intelligence artificielle à la sentience artificielle), nous avons eu l’opportunité de l’interviewer afin d’en apprendre davantage sur son parcours, ses travaux, et son intérêt pour l’Intelligence Artificielle.
Pouvez-vous vous présenter en quelques mots, raconter votre parcours ?

Je m’appelle Sylvain LAVELLE, je suis enseignant et chercheur en philosophie à l’Icam et à l’EHESS. J’ai obtenu en 2000 un Doctorat de Philosophie à la Sorbonne, et j’ai aussi une formation en sciences sociales (« Sciences Po ») et en sciences naturelles.
Je me suis fortement intéressé dès mon doctorat au problème que pose à la critique et à la méthode la séparation entre des rationalité différentes (scientifiques, morales, sociales…).
En particulier, je m’intéresse aux questions épistémiques, éthiques et politiques (démocratiques) qui se posent dans la technologie ainsi que dans l’écologie aujourd’hui.
Au sein de l’Icam, je suis rattaché à son centre de recherche « Ethique, Technique et Société » (CETS), je suis également rattaché à un laboratoire de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (GSPR) à Paris.
Quelles sont vos missions au sein du groupe Icam et quelles sont les matières que vous enseignez ?
L’Icam est une école qui forme les ingénieurs de demain à partir d’un enseignement qui se fonde sur des valeurs humanistes très fortes. Il s’agit pour l’Icam de former des ingénieurs ouverts, conscients, engagés et acteurs de leur vie professionnelle, personnelle et sociale.
De nombreux doctorants et enseignants-chercheurs réalisent leurs recherches sur les campus Icam. Ils réalisent chaque année des publications scientifiques et collaborent avec des laboratoires de recherche prestigieux, en France et dans le Monde.
Pour ma part, j’enseigne en classe préparatoire (parcours intégré) à l’Icam site de Paris-Sénart à Lieusaint (77). En 1ère année, mon cours s’intitule « Identité et altérité » avec une réflexion sur la façon dont on se rapporte aux autres : comment raisonner, argumenter, persuader et raconter, ceci, en lien avec le programme de l’Education Nationale. En 2ème année, j’enseigne le cours « Ingénieur dans la société » dans lequel je m’efforce de donner une perspective historique et philosophique sur le métier d’ingénieur. En 3ème année, l’enseignement porte sur la pluralité des « Systèmes culturels », avec une introduction à la pensée occidentale et non occidentale (arabe, indienne, chinoise). Enfin, en 4ème année, le cours en « Éthique » est une introduction à la réflexion sur les enjeux éthiques du métier d’ingénieur, avec une composante développement durable et écologie. Cette partie pourra se transformer un jour en un véritable cours d’introduction à l’écologie.
Pourquoi ces thématiques d’enseignement ont été choisies à l’Icam et pourquoi sont-elles si importantes pour les futurs ingénieurs que vous formez ?
Ce sont des thématiques qui correspondent à un ancrage assez fort de l’Icam depuis sa création au 19ème siècle, et qui représentent environ un cinquième de la formation des ingénieurs. C’est important que des ingénieurs, aujourd’hui confrontés à un monde complexe et interculturel, puissent avoir des outils de culture et de réflexion leur permettant d’exercer leur métier de façon efficace et juste. Il est clair aujourd’hui, si on en croit les études prospectives sur l’ingénieur de demain, en 2030-2040, que la composante « Sciences humaines et sociales » sera de plus en plus présente dans la formation d’ingénieurs. L’Icam a donc pris quelques années ou décennies d’avance sur ce qui est en train de se profiler à l’horizon.
Sur quels axes de recherches travaillez-vous spécifiquement au sein du groupe Icam ?
J’ai un axe de recherche en philosophie fondamentale qui concerne la réflexion critique sur les processus de recherche et d’innovation. Ces derniers sont considérés dans leurs aspects méthodologiques, qui inclut également des considérations d’ordre épistémique, éthique et même politique. Je travaille notamment sur la façon dont les novices ou les citoyens peuvent être intégrés dans les processus de recherche et d’innovation réservés d’ordinaire à un cercle d’experts et spécialistes. Cela pose tout un tas de questions, du point de vue de la méthode et de la gouvernance, de faire travailler ensemble des profils de personnes qui sont hétérogènes dans leurs compétences, leurs intérêts, leurs valeurs et leurs motivations.
Outre vos enseignements à l’Icam site de Paris-Sénart et vos recherches au groupe Icam, vous êtes également spécialisé dans la thématique de l’intelligence artificielle (IA). Pouvez-vous nous en dire un peu plus et nous parler de votre dernière publication sur l’IA ?

Ma recherche m’a amené à réfléchir sur les systèmes logiques et, par ce biais, j’en suis venu à m’intéresser à l’IA, renouant ainsi avec des centres d’intérêts que j’avais lorsque j’étais plus jeune. Il m’a semblé qu’il y avait là un défi énorme qui nous attend pour les prochaines années, en tant que révolution scientifique, industrielle mais aussi sociale. C’est très net avec l’application de l’IA à des dispositifs techniques telle que la voiture autonome, par exemple, où les enjeux éthiques et démocratiques sont très présents. L’IA est un domaine que j’ai abordé plus récemment dans un de mes articles qui s’intitule « La machine à visage humain : de l’intelligence artificielle à la sentience artificielle ». Je m’intéresse, dans ce papier, à cette machine à visage humain, qui pourrait être symbolisée par le robot humanoïde Sophia, devenu citoyen officiel de l’Arabie Saoudite. Nous avons remarqué que ce robot Sofia est capable d’exprimer des émotions comme un humain, même s’il ne les ressent pas à proprement parler. On a aujourd’hui tout un programme qui vise à appréhender la dimension des sensations, des sentiments, et même, de la conscience, toutes choses qui caractérisent la « sentience », distinguée par convention de l’intelligence. Le papier The machine with a human face : from artificial intelligence to artificial sentience suggère que nous sommes désormais entrés dans un programme de recherche qu’on peut appeler la « sentience artificielle ». Il montre quelles questions pose l’exploration des possibilités de doter une machine d’un comportement qui se rapproche de celui de l’humain. Un rapprochement qui ne se situe pas seulement au niveau de l’intelligence, mais également au niveau de l’expression d’émotions et de sentiments.
Retrouvez l’article de l’Icam au sujet de la publication de Sylvain Lavelle